Bouaké entre dans une nouvelle ère logistique : l’ambition industrielle prend forme

Bouaké franchit un cap stratégique avec le lancement officiel de l’étude de faisabilité de sa future Zone Logistique et Industrielle (ZLIB). Derrière les discours officiels, c’est une recomposition silencieuse de la carte économique ivoirienne qui s’enclenche, avec l’ambition assumée de transformer la deuxième ville du pays en véritable hub logistique ouest-africain.

Bouaké n’avance plus à pas feutrés. Elle accélère, et cette fois, c’est structuré, assumé, presque programmatique. Dans la Salle Polyvalente de l’Hôtel de Ville, le lancement de l’étude de faisabilité de la Zone Logistique et Industrielle de Bouaké (ZLIB) n’avait rien d’un simple rituel administratif. C’était plutôt le signal d’un changement d’échelle.

Sous les regards d’élus, de techniciens et d’acteurs du secteur logistique, la ville a posé une première pierre invisible mais déterminante : celle de la planification. Et dans ce type de projet, c’est souvent la phase la plus décisive.

Le projet, confié au BNETD, s’inscrit dans une dynamique nationale qui dépasse largement Bouaké elle-même. On parle ici d’un rééquilibrage territorial pensé depuis Abidjan, mais exécuté au cœur du pays, là où les flux agricoles, industriels et commerciaux convergent déjà naturellement.

Bouaké, carrefour historique qui veut changer de statut

La logique est simple sur le papier, mais ambitieuse dans les faits : faire de Bouaké un hub logistique capable de soulager Abidjan, aujourd’hui saturée, tout en rapprochant la production des zones agricoles du centre et du nord.

La ville n’a pas été choisie par hasard. Positionnée sur les grands corridors Abidjan–Ouagadougou et Abidjan–Bamako, connectée par route, rail et air, Bouaké coche déjà les cases d’un nœud logistique naturel. Ce projet vient donc formaliser ce que la géographie avait déjà esquissé.

Et dans les discours officiels, la vision est claire : il ne s’agit plus seulement de désengorger, mais de redistribuer la croissance.

Une zone industrielle pensée comme un levier économique national

Sur environ 550 hectares identifiés près de l’échangeur de Sakassou, la future zone devra accueillir des activités logistiques, industrielles et de transformation. L’objectif est triple, mais profondément lié : fluidifier les chaînes d’approvisionnement, rapprocher la production des bassins agricoles et créer des emplois durables pour une jeunesse en attente d’opportunités concrètes.

Derrière ces intentions, il y a une réalité économique bien connue des experts : la concentration des infrastructures autour d’Abidjan atteint ses limites. Le pari de Bouaké consiste donc à décentraliser sans fragmenter, à étendre sans déséquilibrer.

Le gouvernement, à travers le ministère en charge des Transports et des Affaires maritimes, assume cette orientation comme une priorité stratégique. Le message est clair : l’économie ivoirienne doit respirer autrement.

Dix mois pour transformer une vision en modèle opérationnel

L’étude confiée au BNETD ne sera pas une formalité. Elle devra trancher des questions sensibles : architecture de la zone, modèle de gestion, viabilité économique, impact environnemental et surtout, gestion sociale des populations impactées.

Quatre villages sont concernés par le périmètre du projet : Pinikro, Bendèkouassikro, Akanzakro et N’Dakro. Dans ce type de transformation territoriale, la dimension humaine est souvent le point de tension le plus délicat. Les autorités ont d’ailleurs insisté sur la mise en place d’un plan d’indemnisation et de réinstallation, élément clé pour éviter que la modernisation ne devienne un facteur de fracture sociale.

Une pièce dans un puzzle national plus large

Bouaké n’est pas un cas isolé. Le pays structure progressivement un réseau de plateformes logistiques régionales. Yamoussoukro avance déjà sur sa propre infrastructure, Adzopé suit la même trajectoire. L’idée est de bâtir un maillage national, où chaque zone joue un rôle spécifique dans la chaîne de valeur.

Dans cette architecture, Bouaké occupe une place centrale, presque charnière. Ni capitale politique ni capitale économique, mais potentiellement capitale logistique.

Une transition économique à surveiller de près

Ce projet ne se jouera pas uniquement sur les plans techniques ou financiers. Il se jouera sur la capacité à exécuter, à coordonner et à maintenir une vision constante dans le temps.Car dans les infrastructures de cette envergure, le vrai défi n’est pas de lancer, mais de livrer.

Et Bouaké, aujourd’hui, vient simplement de passer de la promesse à la planification. Ce qui, dans le langage du développement, est déjà un changement de dimension.

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