À l’occasion du Forum d’affaires UE-Régional, la Côte d’Ivoire a dévoilé trois projets structurants — port sec à Ferkessédougou, plateforme logistique à Yamoussoukro et dirigeables cargo — représentant plusieurs centaines de milliards de FCFA d’investissements. Objectif : fluidifier les corridors Abidjan–Lagos et Abidjan–Ouagadougou, réduire les coûts logistiques et renforcer son positionnement de hub régional en Afrique de l’Ouest.
Au troisième et dernier jour du Forum d’affaires UE-Régional, tenu le 1er avril 2026, la Côte d’Ivoire a déroulé une vision claire : reprendre le contrôle de sa chaîne logistique et s’imposer comme le pivot des échanges en Afrique de l’Ouest. Trois projets, trois leviers, mais une seule ambition — accélérer la transformation des corridors Abidjan–Lagos et Abidjan–Ouagadougou.
Le premier chantier frappe par son envergure. À Ferkessédougou, au nord du pays, un port sec de nouvelle génération doit émerger sur près de 70 000 hectares, pour un investissement public dépassant les 300 milliards de FCFA. Pensé comme un hub multimodal, le site combinera plateforme logistique, infrastructures de transport, zone industrielle et pôle agro-pastoral. En toile de fond, une équation simple : désengorger les ports d’Abidjan, capter les flux du Burkina Faso, du Mali et du Niger, et rééquilibrer le développement territorial.
Ce projet s’inscrit dans un Plan national de la logistique encore plus ambitieux, estimé à près de 10 000 milliards de FCFA sur 15 ans. Réduction des coûts, digitalisation, montée en compétences : Abidjan ne veut plus seulement être un point d’entrée, mais un véritable centre de redistribution régional.
Changement d’échelle à Yamoussoukro, mais même logique d’optimisation. Avec 500 à 700 poids lourds traversant quotidiennement la ville, la capitale politique étouffe. La future plateforme logistique de 28,5 hectares, estimée à 21 milliards de FCFA, vise à remettre de l’ordre dans ce flux. Organisation des espaces, sécurisation des circuits, services intégrés : le projet, structuré en partenariat public-privé sur 25 ans, doit permettre de fluidifier le trafic et de soutenir l’activité économique locale. Mise en service attendue autour de 2029.
Et puis, il y a la rupture technologique. Avec le projet de dirigeables cargo de la société Flying Whales, la Côte d’Ivoire explore une voie encore marginale en Afrique. Le LCA60T, capable de transporter jusqu’à 60 tonnes sans infrastructure au sol, promet de redistribuer les cartes du transport dans les zones enclavées. Coûts divisés, émissions réduites jusqu’à 90 %, accessibilité accrue : sur le papier, le modèle est séduisant. Une base logistique est envisagée à Bouaké, pour un investissement d’environ 80 millions d’euros, avec un démarrage des opérations commerciales à l’horizon 2029.
Pris séparément, ces projets répondent à des problématiques distinctes. Ensemble, ils dessinent une architecture logistique cohérente, où terrestre et aérien se complètent pour fluidifier les corridors régionaux.
Le message envoyé aux investisseurs est limpide : la Côte d’Ivoire ne veut plus subir les flux, elle veut les orchestrer. Dans une Afrique de l’Ouest en quête d’intégration économique, les axes Abidjan–Lagos et Abidjan–Ouagadougou deviennent plus que des routes commerciales — de véritables artères stratégiques.
