Depuis le 16 septembre 2026, le SYNAP-CI mobilise les producteurs de plusieurs régions cacaoyères contre le prix de 1 200 FCFA le kilogramme et les difficultés de commercialisation. Au fil de sa tournée nationale, le syndicat voit émerger des revendications plus larges, allant jusqu’au départ du directeur général du Conseil du Café-Cacao et à la remise en cause de la gestion actuelle de la filière.
Le mouvement lancé par le Syndicat national agricole pour le progrès de Côte d’Ivoire (SYNAP-CI) ne faiblit pas. De Bouaflé, dans la Marahoué, à Bédiala, dans le Haut-Sassandra, en passant par le Guémon, les producteurs rencontrés par le président du syndicat, Koné Moussa, décrivent une même équation devenue difficile à tenir : un prix du cacao jugé insuffisant, des charges agricoles en hausse et, dans certains cas, des difficultés de paiement qui étranglent la trésorerie des exploitants.
La tournée nationale engagée par le SYNAP-CI depuis le 21 septembre a surtout permis de mesurer l’ampleur du mécontentement sur le terrain. À Bouaflé, première étape, Koné Moussa a appelé les producteurs à « tenir » et à maintenir la mobilisation engagée depuis le 16 septembre. Le responsable syndical présente le mouvement comme un combat économique et non politique, destiné selon lui à obtenir une révision du fonctionnement de la filière.
Au centre de la colère figure le prix de 1 200 FCFA le kilogramme pour la campagne actuelle, que les producteurs opposent aux 2 800 FCFA/kg appliqués lors de la campagne précédente. Dans le Guémon, plusieurs planteurs expliquent que ce niveau de rémunération ne leur permet plus de couvrir correctement les dépenses liées aux plantations, notamment l’achat des intrants et le renouvellement des vergers.
À Duékoué, un producteur estime ainsi que les charges agricoles sont devenues incompatibles avec le prix actuel du cacao. À Guézon, la question de la replantation est également posée : renouveler une plantation nécessite des moyens financiers que les exploitants disent ne plus avoir. À Kéminsson, un autre producteur affirme par ailleurs que plus de 180 millions de FCFA resteraient dus aux planteurs de son village au titre de ventes antérieures. Ce montant relève toutefois du témoignage du producteur et n’est pas présenté, dans les éléments disponibles, comme un chiffre officiellement établi.
Le problème soulevé par les producteurs ne se limite donc pas au prix affiché au kilogramme. Il touche toute la chaîne économique de l’exploitation : financement des intrants, entretien et renouvellement des plantations, écoulement de la production et règlement des ventes.
La commercialisation au cœur de la contestation
À Bouaflé, Koné Moussa a directement mis en cause certains mécanismes de commercialisation, notamment la vente anticipée, que le syndicat considère comme source de difficultés pour les producteurs. Le SYNAP-CI demande également la création d’un comité d’urgence chargé de sauver la campagne café-cacao et réclame une évolution du système de gestion de la filière.
À Bédiala, le discours prend une dimension encore plus offensive. Les producteurs réunis à Bandiahi ont affiché leur soutien au mouvement et demandé une remise en cause de la gouvernance actuelle. Leur porte-parole, Tra Honoré, est allé jusqu’à réclamer « purement et simplement » le départ du Conseil du Café-Cacao.
Dans le Guémon, la revendication vise plus précisément son directeur général, Yves Koné Ibrahim, dont le départ sans délai est exigé par le SYNAP-CI. Des pancartes réclamant son départ ont notamment été brandies lors de l’étape de Bouaflé.
Cette montée en puissance des revendications traduit un changement de nature du mouvement. Au départ centré sur les conditions économiques des producteurs, le mécontentement s’étend désormais aux mécanismes institutionnels qui encadrent la filière. Pour le SYNAP-CI, les difficultés répétées de commercialisation et de rémunération seraient le symptôme d’un système qu’il faut réformer.
Le syndicat veut maintenir la pression
Koné Moussa assure que la mobilisation commence déjà à produire des effets, évoquant notamment une baisse des arrivages de cacao dans les ports d’Abidjan. Cette affirmation émane du responsable syndical et devra être confrontée aux données officielles de commercialisation et d’exportation pour mesurer précisément l’impact du mouvement.
Le SYNAP-CI entend en tout cas poursuivre la pression. Après les étapes de Bouaflé et du Guémon, puis la mobilisation à Bédiala, le syndicat prépare une nouvelle étape à Abidjan, où il prévoit de réunir des producteurs venus de plusieurs régions.
Le mouvement revendique par ailleurs son caractère apolitique. À Bédiala, Koné Moussa a demandé aux acteurs politiques de ne pas récupérer la mobilisation et insisté sur le fait que son organisation entend rester concentrée sur les problèmes de la filière cacao.
Sur le terrain, le message reste cependant très politique au sens institutionnel du terme : les producteurs ne contestent plus seulement le niveau de leur rémunération. Ils demandent des comptes sur la manière dont la filière est administrée.
Pour une économie aussi dépendante du cacao, l’enjeu dépasse largement les plantations. La Côte d’Ivoire reste le premier producteur mondial de cacao et des milliers de ménages ruraux dépendent directement de cette activité. Si la contestation devait s’installer dans la durée, la question ne serait donc plus seulement celle du prix payé au producteur, mais celle de la capacité du dispositif actuel à maintenir l’équilibre entre producteurs, coopératives, acheteurs, industriels et État.
La tournée du SYNAP-CI n’a pas encore livré son dernier épisode. Mais de Bouaflé à Bédiala, en passant par le Guémon, le même constat revient désormais avec insistance : les producteurs veulent davantage que la défense d’un prix. Ils réclament une réponse sur l’ensemble du fonctionnement de la filière.
