Ancienne associée du fondateur de Wagner, Yulia Berg-Afanasyeva est sous sanctions américaines et européennes pour ingérence électorale en Afrique. Depuis la mort d’Evgueni Prigojine en 2023, elle s’est reconvertie en lobbyiste et s’impose comme une figure de proue de l’implantation des entreprises russes sur le continent, de l’énergie au bâtiment.
De Wagner au business, une reconversion sous sanctions
Yulia Berg-Afanasyeva a longtemps opéré au sein du « Back office », la branche numérique de Wagner en Afrique. Elle figure aujourd’hui sur les listes de sanctions américaines et européennes pour son rôle dans des opérations d’ingérence électorale sur le continent, notamment selon les données compilées par OpenSanctions à partir des désignations de l’OFAC.
Depuis la disparition d’Evgueni Prigojine, elle poursuit toutefois ses activités sous une autre forme. Jeune Afrique la décrit ainsi, en avril 2025, comme une ancienne « Prigogirl » reconvertie dans le lobbying au service des entreprises russes. Avec l’homme d’affaires Andreï Gromov, elle a notamment cofondé un centre de promotion des affaires russo-africaines, devenu un relais de prospection commerciale.
Selon une enquête publiée en août 2025 par All Eyes on Wagner et INPACT, ces structures évoluent dans un environnement où réseaux économiques, acteurs d’influence et intérêts stratégiques russes restent étroitement imbriqués.
Énergie et bâtiment, les secteurs ciblés
Le groupe de relations publiques GR Group, actif dans 52 pays, concentre depuis 2022 une partie croissante de ses activités sur l’Afrique. Ses réseaux ciblent notamment deux marchés stratégiques : le bâtiment, où Berg-Afanasyeva conseille une organisation patronale russe du secteur, et l’énergie, via l’Association énergétique afro-russe.
D’après All Eyes on Wagner et INPACT, elle démarche à travers ce réseau des PME russes et africaines et multiplie les déplacements, notamment du Togo à la Tanzanie, pour promouvoir les entreprises russes spécialisées dans les énergies renouvelables. L’objectif affiché est de favoriser l’émergence d’une plateforme énergétique russe sur le continent et de créer des conditions de marché favorables aux sociétés de Moscou.
Cette dynamique dépasse les seules énergies renouvelables. Le nucléaire constitue également un axe majeur de la stratégie russe en Afrique, avec Rosatom comme principal instrument industriel.
Un lobbying qui écarte la concurrence
Cette offensive commerciale se déploie jusqu’au Sahel. En juin 2025, le Mali a signé à Moscou un accord de coopération avec Rosatom portant sur l’utilisation pacifique de l’énergie atomique, comme l’a rapporté Energies Media le 1er juillet 2025. Cette coopération s’inscrit dans une stratégie russe plus large dans la région, alors que Moscou développe parallèlement ses relations avec le Burkina Faso et le Niger.
Sur le marché des énergies renouvelables, l’enquête d’All Eyes on Wagner et INPACT rapporte également, sur la base de sources sahéliennes, que certaines entreprises occidentales auraient été écartées de projets sous l’effet de la pression exercée par des réseaux russes. Une affirmation qui illustre la concurrence croissante autour des infrastructures et des marchés stratégiques africains.
Pour la Côte d’Ivoire et ses voisins de la CEDEAO, l’enjeu dépasse donc le parcours individuel de Yulia Berg-Afanasyeva. Sa reconversion met en lumière la manière dont des acteurs issus de l’ancien écosystème Wagner peuvent désormais intervenir sur le terrain économique, au croisement du lobbying privé et des ambitions commerciales russes.
Comment garantir des appels d’offres transparents lorsque des réseaux d’influence liés à des personnalités sanctionnées cherchent à peser sur les marchés stratégiques de la région ?
F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info
