Deux ans après la mort de l’opposant tchadien Yaya Dillo, sa famille entend poursuivre le combat judiciaire pour faire établir les circonstances exactes de sa disparition. Son frère, Ousman Dillo, souhaite notamment saisir la Cour pénale internationale (CPI), alors qu’une enquête internationale annoncée au lendemain des événements de février 2024 n’a toujours pas permis, publiquement, d’établir les responsabilités.
Yaya Dillo, président du Parti socialiste sans frontières (PSF) et figure majeure de l’opposition tchadienne, avait été tué le 28 février 2024 à N’Djamena, lors de l’assaut mené par les forces de sécurité contre le siège de son parti. Sa mort était intervenue quelques jours après l’arrestation d’un responsable du PSF accusé par les autorités d’avoir participé à une tentative d’assassinat contre le président de la Cour suprême.
Les autorités tchadiennes avaient alors affirmé que Yaya Dillo était impliqué dans l’attaque contre les services de renseignement et qu’il avait refusé de se rendre avant d’ouvrir le feu sur les forces de l’ordre. Le pouvoir avait également soutenu que l’opposant avait trouvé la mort au cours des affrontements.
Cette version a toutefois été contestée par le Parti socialiste sans frontières et par des proches de Yaya Dillo. Ceux-ci ont dénoncé un assassinat et affirmé que l’opposant avait été pris pour cible lors de l’assaut contre le siège du parti. Des organisations de défense des droits humains avaient également relevé que plusieurs éléments du récit officiel demeuraient inexpliqués.
Le gouvernement de transition dirigé à l’époque par Succès Masra avait annoncé l’ouverture d’une « enquête de type international » afin de déterminer les responsabilités. Cette annonce était intervenue quelques jours après les événements. Mais depuis, les conclusions d’une telle enquête n’ont pas permis de clore la controverse autour de la mort de l’opposant.
Pour Ousman Dillo, la question demeure donc celle de la vérité et de la responsabilité des personnes impliquées. Le frère de l’ancien opposant, qui a lui-même été engagé dans la contestation du pouvoir tchadien, veut désormais utiliser les voies judiciaires internationales pour que le dossier ne soit pas définitivement refermé.
La démarche intervient alors qu’une procédure a également été engagée en France. Le 9 septembre 2026, Ousman Dillo a participé à une conférence de presse organisée à l’Assemblée nationale française avec des représentants du PSF et des soutiens de la famille. Les participants ont réclamé vérité, justice et mémoire pour Yaya Dillo et les personnes tuées à ses côtés.
Ousman Dillo a par ailleurs rejeté l’idée d’un règlement de l’affaire par une compensation financière, appelée « diya » dans le droit coutumier musulman. Il affirme vouloir poursuivre les démarches judiciaires afin que les circonstances de la mort de son frère soient examinées par une juridiction indépendante et que les éventuelles responsabilités soient établies.
La saisine de la CPI constituerait une nouvelle étape dans cette bataille judiciaire. Elle ne signifierait toutefois pas automatiquement l’ouverture d’une enquête par la juridiction internationale : la Cour doit d’abord déterminer si les conditions de sa compétence et de recevabilité sont réunies.
Deux ans après la disparition de Yaya Dillo, l’affaire reste ainsi l’un des dossiers les plus sensibles de la vie politique tchadienne. Pour ses proches et ses soutiens, l’enjeu dépasse désormais le seul sort d’un opposant : il s’agit d’obtenir des réponses sur les circonstances de sa mort et de déterminer si des violations graves du droit international ont été commises.
