Alors que seulement 18 % des Objectifs de développement durable progressent au rythme attendu en Afrique et que le continent fait face à un déficit de financement estimé à plus de 195 milliards de dollars par an, la 10ᵉ édition du Forum RSE a placé à Abidjan et Grand-Bassam une question au cœur des débats : comment transformer les engagements en résultats concrets sur les territoires ?
Pendant deux jours, la Côte d’Ivoire est devenue le point de convergence des réflexions africaines sur la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et le développement durable. Organisé par Latitude Monde sous l’impulsion de Stéphane Bell, le Forum RSE 2026 a réuni dirigeants d’entreprises, responsables publics, experts, représentants de la société civile et collectivités territoriales autour d’un défi commun : accélérer l’impact des initiatives de développement sur le continent.
Dix ans après sa création à l’île Maurice, l’événement s’est imposé comme l’un des principaux rendez-vous africains consacrés aux questions de durabilité. Après avoir fait étape dans plusieurs villes du continent, notamment Kigali, Dakar, Lomé et Marrakech, le forum a choisi cette année de revenir en Côte d’Ivoire, un pays dont l’écosystème RSE gagne en maturité sous l’effet conjugué des initiatives privées et des politiques publiques.
Mais au-delà du symbole, les débats ont surtout mis en lumière l’ampleur des défis qui attendent l’Afrique. Malgré les progrès enregistrés dans plusieurs domaines, les participants ont rappelé que le continent reste loin des objectifs fixés dans le cadre de l’Agenda 2030 des Nations unies. Selon les données présentées lors des échanges, seuls 18 % des Objectifs de développement durable affichent aujourd’hui une trajectoire jugée satisfaisante.
À cette difficulté s’ajoute un obstacle majeur : le financement. Les besoins nécessaires pour atteindre les objectifs de développement dépassent largement les ressources actuellement mobilisées. Le déficit annuel est estimé à plus de 195 milliards de dollars, un écart qui oblige gouvernements, entreprises et partenaires au développement à repenser leurs méthodes d’intervention.
C’est précisément dans cette perspective que les organisateurs ont articulé le forum autour de deux temps forts complémentaires.
À Abidjan, les discussions stratégiques ont porté sur la résilience des entreprises africaines face aux crises économiques, sociales et climatiques. Les intervenants ont souligné qu’il n’est désormais plus possible de dissocier performance économique, inclusion sociale et préservation de l’environnement. Pour nombre d’entre eux, la RSE n’est plus un simple outil de communication ou de conformité, mais un levier de compétitivité et de transformation durable.
À Grand-Bassam, l’approche s’est voulue plus opérationnelle. Entre échanges avec les communautés locales, rencontres avec les jeunes, les femmes, les agriculteurs et les acteurs économiques du territoire, les participants ont été invités à confronter les ambitions affichées aux réalités du terrain.
Cette immersion a notamment donné naissance à « l’Impactorium », un espace conçu pour favoriser le dialogue entre porteurs de projets, entreprises et communautés bénéficiaires. L’objectif était simple : partir des besoins réels des populations avant de concevoir des solutions susceptibles de produire un impact durable.
L’une des idées les plus discutées au cours de cette édition a été celle des « coalitions à projets ». Le concept repose sur une logique de coopération entre entreprises, collectivités locales, organisations communautaires et partenaires techniques afin de mutualiser les ressources, partager les expertises et construire des initiatives communes.
Pour les promoteurs de cette approche, l’heure n’est plus aux actions isolées ou aux interventions ponctuelles. Les défis liés à l’éducation, à l’emploi, à l’environnement ou encore à l’inclusion économique exigent des réponses collectives capables de produire des résultats mesurables à long terme.
Plusieurs expériences présentées à Grand-Bassam ont illustré cette dynamique collaborative, démontrant que l’efficacité des projets repose souvent sur leur capacité à associer dès l’origine l’ensemble des parties prenantes concernées.
Au terme des travaux, un constat s’est imposé : la transformation durable de l’Afrique ne pourra être portée ni par les seuls États ni par les seules entreprises. Elle nécessitera des partenariats plus étroits entre acteurs publics, secteur privé et communautés locales.
En mettant l’accent sur la coopération, l’impact mesurable et l’ancrage territorial des projets, le Forum RSE 2026 a esquissé les contours d’une nouvelle approche du développement durable africain. Un modèle où la responsabilité sociétale ne se limite plus à des engagements de principe, mais devient un véritable moteur de transformation économique et sociale.
Depuis Abidjan et Grand-Bassam, le message adressé aux décideurs du continent est apparu sans équivoque : face à l’ampleur des défis de l’Agenda 2030, l’Afrique devra apprendre à construire ensemble les solutions qu’elle ne pourra financer ni réussir seule.
