L’ancien membre d’un gang de Los Angeles, Duane « Keefe D » Davis, reconnu coupable du meurtre du rappeur Tupac Shakur en 1996, lundi 31 août, à Las Vegas (Nevada), encourt la perpétuité incompressible.
Cette figure du gang des South Side Crips était jugée pour avoir commandité le meurtre de la légende du rap et fourni l’arme du crime. Après avoir délibéré pendant quelques heures seulement, le jury l’a reconnu coupable de « meurtre au premier degré avec usage d’une arme mortelle ». Le prononcé de la peine aura lieu le 13 octobre.
S’adressant à la juge Carli Kierny, après l’annonce du verdict, Duane Davis a déclaré dans la salle d’audience vouloir faire appel de la décision.
Lors du dernier acte de ce procès, le réquisitoire du procureur Binu Palal, représentant l’Etat du Nevada, a martelé la thèse de l’accusation de représailles au passage à tabac du neveu de Duane Davis, Orlando Anderson, auquel Tupac Shakur avait participé, dans un cycle de vendetta. L’accusé, qu’il a décrit comme un « caïd », dont les ordres étaient suivis par les membres des Crips, encourt la perpétuité incompressible.
Le contentieux opposait deux labels de musique, Death Row Records et Bad Boy Records, fondé par Sean Combs (« Puff Daddy » ou « P. Diddy »), chacun recourant à un gang rival pour assurer la protection de ses artistes, avec, en toile de fond, la guerre entre les gangs des Crips et des Bloods à Los Angeles, qui a culminé dans les années 1990.
« Duane Davis, dans la culture des gangs, ne pouvait pas laisser passer cela », a affirmé M. Palal, en référence à l’humiliation publique de son neveu, quelques heures avant les tirs contre Tupac Shakur. « Il s’est procuré le pistolet, il a organisé le groupe, il a donné la chasse à M. Shakur », a insisté le procureur, sur le caractère prémédité des actes de l’accusé.
Depuis 2008, Duane Davis a reconnu devant les enquêteurs qu’il se trouvait dans la Cadillac blanche de laquelle les coups de feu ont été tirés. L’accusé s’est épanché ensuite dans les médias, avant de publier en 2019, des Mémoires compromettants. Il y raconte comment il se trouvait sur le siège passager, et a fait passer le pistolet aux occupants de la banquette arrière.
Arrêté en septembre 2023 à la suite de cette parution, Duane Davis, qui plaide non coupable, assure désormais que son livre a été romancé par son coauteur, et qu’il se trouvait à Los Angeles le soir du meurtre. « Pendant près de 18 ans, Duane Davis a dit à la police, à la télévision, dans des livres, à qui voulait l’entendre, qu’il était responsable du meurtre de Tupac Shakur», a soutenu le procureur.
L’avocat de la défense, Michael Sanft, affirme que son client cherchait à promouvoir les ventes de ses Mémoires. «Ce livre relève de la fiction et non des faits, mais l’accusation veut faire croire qu’il s’agirait d’aveux, qu’il était là au moment des tirs. La police n’a rien dans ce dossier qui montre que cet homme était à Las Vegas le 7 septembre 1996 », a-t-il plaidé, soulignant l’absence de preuves matérielles, car ni la Cadillac ni l’arme du crime n’ont jamais été retrouvées.
Cette nuit-là, des tirs provenant d’une Cadillac blanche y ont blessé Tupac Shakur alors qu’il venait d’assister à un combat de boxe de Mike Tyson. Le rappeur a succombé, six jours plus tard, à l’âge de 25 ans.
