Cacao en Côte d’Ivoire : la chute du prix à 1 200 FCFA/kg pour la campagne intermédiaire ravive la colère des producteurs

La décision de fixer à 1 200 FCFA le kilogramme le prix bord champ de la campagne intermédiaire du cacao fait monter la tension dans les zones de production ivoiriennes. Face à la presse nationale ce dimanche à Abidjan, Koné Moussa, président du Syndicat national agricole pour le progrès de Côte d’Ivoire (SYNAP-CI), a dénoncé une mesure jugée « incompréhensible » dans un contexte déjà marqué par des difficultés persistantes de commercialisation.

Dans un pays qui demeure le premier producteur mondial de cacao, assurant près de 40 % de l’offre mondiale, toute perturbation de la filière a des répercussions directes sur les revenus de centaines de milliers de familles rurales et sur l’équilibre de l’économie agricole nationale.

Une chute brutale du prix bord champ

Au cœur des tensions figure la fixation du prix bord champ de la campagne intermédiaire à 1 200 FCFA/kg, soit une baisse de plus de moitié par rapport aux 2 800 FCFA/kg annoncés lors du lancement de la grande campagne cacaoyère 2025-2026 en octobre dernier.

Pour les organisations de producteurs, cette réduction intervient alors même que la commercialisation de la grande campagne n’aurait pas encore été totalement absorbée par le marché.

« Je n’ai jamais vu un travailleur à qui l’on annonce que son salaire est divisé par deux et à qui l’on demande ensuite d’applaudir », a déclaré Koné Moussa devant les journalistes.

Pour le syndicat, cette décision risque d’accentuer le malaise déjà perceptible dans les zones de production.

Les signes d’une crise de commercialisation

Selon le SYNAP-CI, les premières difficultés seraient apparues dès les premières semaines de la campagne ouverte le 1er octobre 2025.

Lors de l’annonce du prix record de 2 800 FCFA/kg, certains acteurs de la filière avaient déjà exprimé des réserves quant à la viabilité économique de ce niveau de rémunération au regard des réalités du marché international.

Contrairement à certains pays producteurs où l’État intervient directement dans l’achat de la production, la commercialisation ivoirienne repose largement sur des opérateurs privés qui financent les achats auprès des coopératives.

Dans ces conditions, explique le syndicat, la faiblesse des marges aurait progressivement ralenti les opérations d’achat.

Des stocks bloqués et des producteurs en attente de paiement

Dans les zones de production, les coopératives auraient ainsi rencontré des difficultés de trésorerie pour honorer les paiements aux producteurs.

Selon le SYNAP-CI, certaines coopératives auraient acheté du cacao sans disposer immédiatement des liquidités nécessaires, remettant des reçus aux producteurs dans l’attente du règlement effectif.

Le syndicat affirme également que des cargaisons acheminées vers le port d’Abidjan en octobre et novembre seraient restées bloquées dans le circuit de commercialisation, retardant les paiements à une partie des producteurs.

L’État contraint d’intervenir

Face à ces tensions, le ministre de l’Agriculture, Kobenan Kouassi Adjoumani, a reconnu l’existence de difficultés dans la commercialisation.

Selon lui, environ 123 000 tonnes de cacao se seraient retrouvées bloquées dans les circuits d’achat.

Afin de fluidifier la situation, l’État aurait mobilisé 280 milliards FCFA destinés au rachat de ces stocks.

Un bras de fer avec le régulateur

La crise a également donné lieu à des tensions entre certaines organisations de producteurs et le Conseil du Café-Cacao.

Selon Koné Moussa, lui-même et un autre responsable d’organisation de producteurs ont été auditionnés par la brigade de recherches de la gendarmerie à la suite d’une plainte pour diffamation déposée par l’institution. Les deux responsables ont été placés en garde à vue pendant deux nuits avant d’être remis en liberté sur décision du procureur.

Vers une concertation des organisations agricoles

Face à ce qu’il qualifie de « situation grave », le président du SYNAP-CI appelle désormais à une concertation élargie entre syndicats et organisations agricoles.

Une rencontre entre représentants des producteurs devrait être organisée dans les prochains jours afin d’analyser la situation et d’envisager les actions à entreprendre.

Dans une filière aussi stratégique pour l’économie ivoirienne, l’évolution de cette crise sera suivie de près par l’ensemble des acteurs du secteur agricole et des marchés internationaux.

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