Le Sénégal va célébrer les 100 ans de son ancien président, Abdoulaye Wade

Le Sénégal va rendre un hommage national les 4 et 5 juin 2026, à son ex-président Abdoulaye Wade, qui célèbrera son centième anniversaire le 29 mai 2026.

Fondateur du Parti démocratique sénégalais (PDS), et président de la première alternance démocratique du pays entre 2000 et 2012, il incarne un siècle de combat pour la démocratie en Afrique. En décidant de lui rendre un hommage national, l’actuel président, Bassirou Diomaye Faye, entend rassembler les Sénégalais autour d’une célébration inclusive, à la hauteur de la contribution de son prédécesseur à l’histoire du pays.

Abdoulaye Wade est né le 29 mai 1926, à Saint-Louis, dans le nord-ouest du pays. Des divergences existent cependant sur son lieu de naissance car certaines sources mentionnent la ville de Kébémer, située à110 kilomètres plus au sud de Saint-Louis, où son père, vétéran de la première guerre mondiale (1914-1918), l’aurait fait enregistrer pour lui assurer la citoyenneté française.

Une enfance modeste

En effet, au moment où Abdoulaye Wade vient au monde, le Sénégal est encore une colonie française au sein de laquelle la majorité de la population vit sous le statut de sujets coloniaux, tandis que les individus nés dans les communes de Dakar, Saint-Louis, Gorée et Rufisque, sont citoyens français.

De l’ethnie wolof, le jeune Wade grandit dans un milieu modeste, marqué par l’influence de son père. Au terme de sa formation à l’École normale William Ponty, près de Dakar, il obtient un diplôme de fin d’études en 1947. L’École normale William Ponty joue alors un rôle d’excellence dans la formation des élites de l’Afrique occidentale française.

Titulaire d’une bourse d’études, Abdoulaye Wade suit d’abord un cursus de mathématiques au lycée Condorcet, à Paris, entre 1951 et 1952. Il fréquente ensuite les universités de Besançon (1952-1955) et de Grenoble (1958-1959). Étudiant brillant, il collectionne des diplômes en droit, économie, philosophie, psychologie ou encore sociologie.

Abdoulaye Wade fait son stage d’avocat à Besançon, et rencontre Viviane Vert, sa future épouse. Ensemble, ils auront deux enfants : Karim et Sindiély Wade.

Les débuts professionnels et l’engagement politique

À son retour au Sénégal en 1960 (année de l’indépendance du pays), Abdoulaye Wade enseigne le droit à l’Université de Dakar, devenue aujourd’hui Université Cheikh Anta Diop. Dans le même temps, il ouvre son cabinet d’avocat et s’inscrit au barreau de Dakar.

Me Abdoulaye Wade plaide alors dans des affaires politiques d’importance, telles que la défense du président du conseil Mamadou Dia et de quatre autres ministres, lors du procès dit de la crise politique de décembre 1962. Les cinq hommes sont accusés de « tentative de coup d’État » par le président Léopold Sédar Senghor.

Après être devenu professeur agrégé des facultés de droit et de sciences économiques, Abdoulaye Wade est élu, en 1970, doyen de la faculté de droit de Dakar. Il travaille également comme expert et consultant pour des institutions panafricaines et multilatérales.

C’est ainsi qu’il participe à la rédaction de la Charte africaine de la coopération, de l’indépendance économique et du développement, adoptée en 1973 par l’Organisation de l’unité africaine, actuelle Union africaine. En parallèle, il milite au sein de l’Union progressiste sénégalaise du président Senghor.

Abdoulaye Wade met fin à ses activités dans l’enseignement pour se consacrer à la politique et à sa carrière d’avocat. En 1974, il fonde le Parti démocratique sénégalais (PDS), marquant ainsi un tournant dans la vie politique locale.

L’opposant historique et l’architecte de l’alternance démocratique 

Très vite, le PDS devient la principale formation d’opposition dans le pays, face à l’Union progressiste sénégalaise, transformée en Parti socialiste dès 1976. Deux ans plus tard, Me Wade se présente à l’élection présidentielle et est battu par le président sortant Léopold Sédar Senghor. Ce dernier quitte volontairement le pouvoir en 1980, et est remplacé par son premier ministre Abdou Diouf.

À nouveau candidat lors des trois scrutins suivants (1983, 1988 et 1993), Abdoulaye Wade est défait à chaque fois par le nouveau président Abdou Diouf. Il participe toutefois à des gouvernements d’union nationale (1991-1992, 1995-1997), mais démissionne à chaque fois pour rester fidèle à ses convictions libérales. Accusé de complicité dans l’assassinat du vice-président du Conseil constitutionnel, Babacar Sèye, il est brièvement arrêté en 1993 avec d’autres dirigeants du PDS.

Le 19 mars 2000, Abdoulaye Wade remporte la présidentielle face à Abdou Diouf, avec plus de 58% des voix. Il met ainsi fin à quarante ans de pouvoir socialiste, tout en incarnant la première alternance démocratique pacifique au Sénégal. La victoire d’Abdoulaye Wade est saluée comme un modèle pour l’Afrique, et elle consacre le sopi (qui signifie changement en wolof) comme mot d’ordre du PDS.

Héritage politique et hommage national

Dès son premier mandat, le président Wade favorise la liberté de la presse et encourage le pluralisme politique. Il entreprend de grandes réformes économiques, politiques et institutionnelles. En 2001, il modifie la Constitution et instaure le quinquennat, avant un retour au septennat sept ans plus tard sur une décision très controversée.

Une politique de grands travaux permet par exemple d’améliorer les infrastructures routières, l’électrification en zone rurale, construire des écoles ou encore des structures périscolaires.

Le président Wade est également l’un des principaux promoteurs du NEPAD, le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique, un programme visant à stimuler le développement économique et l’intégration du continent.  Il s’engage aussi dans des projets destinés à valoriser l’histoire et la culture africaines. Les plus emblématiques sont le monument de la renaissance africaine, inauguré en 2010, et le musée des civilisations noires, mais ouvert en 2018 par son successeur Macky Sall.

En 2007, le président Wade est réélu dès le premier tour avec 55,9% des voix. Mais sa candidature pour un troisième mandat en 2012 provoque de violentes protestations. Après le premier tour, il reconnait sa défaite face à Macky Sall et quitte le pouvoir.

Malgré les critiques sur sa gouvernance, les accusations de népotisme liées au rôle de son fils à ses côtés, Abdoulaye Wade reste une figure centrale de la vie politique sénégalais, bien que retiré de la scène active. Son parti, le PDS, continue de jouer un rôle important dans l’opposition.

Via AIP

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