La plus grande centrale nucléaire au monde, Kashiwazaki-Kariwa, à 220 kilomètres au nord-ouest de Tokyo et bâti sur 400 hectares en bord de mer, redémarre ses activités ce mercredi 21 janvier 2026, 15 ans d’arrêt après la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima qui a causé 18 000 morts, a annoncé le gestionnaire de la compagnie Tokyo Electric Power (Tepco).
Cette réouverture n’est pas du goût de la population locale, mais les autorités locales ont évoqué que cela va créer de nouveaux emplois, la baisse des factures d’électricité, et la garantie que la capitale, Tokyo, ne sera pas à court d’électricité, alors que les centrales thermiques qui alimentent la mégapole doivent fermer l’été prochain.
En effet, le Japon veut atteindre la neutralité carbone en 2050, car il est un pays pauvre en ressources qui veut réduire sa dépendance aux combustibles fossiles. Le charbon et le GNL importés représentent les deux tiers de sa production d’électricité. Et même si sa population diminue (le Japon a un taux de natalité des plus faibles au monde), sa consommation va augmenter avec les besoins de l’intelligence artificielle.
La nouvelle Première ministre Sanae Takaichi présente le retour à l’atome comme une nécessité. Elle soutient le redémarrage des centrales nucléaires engagé par ses prédécesseurs, au nom d’une sécurité énergétique menacée par les tensions géopolitiques.
Avant Fukushima, il y a eu la catastrophe nucléaire de Tchernobyl (il y a bientôt 40 ans). Des traumatismes mondiaux qui s’estompent à mesure que sonne le réveil du nucléaire, vu partout sur la planète, et notamment en Europe, comme une source d’électricité bas carbone donc utile pour lutter contre le dérèglement climatique.
Le Japon relance ainsi son nucléaire civil, mais il y a débat. A Hiroshima et Nagazaki les 6 et 9 août 1945, la seconde guerre mondiale s’est achevée dans le feu atomique. Plus de 210 000 morts, et pourtant le tabou du nucléaire militaire vacille au Japon, car la population japonaise y reste majoritairement opposée.
Mais l’idée que des ogives américaines soient entreposées sur le sol nippon fait son chemin dans un pays qui se remilitarise à grande vitesse et où le pacifisme historique semble avoir vécu. Aussi, face à la menace nord-coréenne, chinoise et russe, Tokyo a démultiplié son budget de la défense et transformé sa doctrine militaire.
Les survivants japonais de la bombe atomique craignent le pire. Réunis notamment au sein du collectif Nihon Hidankyo, prix Nobel de la paix 2024, ils luttent pour un monde sans armes nucléaires, porteurs d’une mémoire de plus en plus anachronique au vu de la course aux armements dans laquelle la terre entière, Japon compris, est engagée.
