L’ancien Premier ministre français, Lionel Jospin, est décédé dimanche 22 mars 2026 à l’âge de 88 ans, à Paris.
Premier ministre de Jacques Chirac pendant près de cinq ans (1997-2002), il s’était retiré de la vie politique en 2002, après son échec à la présidentielle qui avait vu Jean-Marie Le Pen accéder au second tour. Lionel Jospin avait indiqué en janvier avoir subi « une opération sérieuse », sans divulguer de détails.
Lionel Jospin reste une figure majeure de l’histoire de la gauche française. Il a tenu la barre pendant la cohabitation la plus longue de l’histoire de la Ve République et a porté une politique sociale.
Il a été à l’origine notamment de la création des 35 heures, l’une de ses principales promesses de campagne, du PACS – à l’époque, seul contrat permettant l’union civile de deux personnes du même sexe-, de la Couverture maladie universelle, des emplois-jeunes et de la loi sur la présomption d’innocence. Tiré par la croissance mondiale, le plan de lutte contre le chômage de cet ancien professeur d’économie donne de bons résultats dans un premier temps : le taux de chômage ne cesse de baisser et passe sous la barre des 9% en 2001, avant de repartir à la hausse.
Pour gouverner, Jospin s’est appuyé sur une large alliance à gauche à l’Assemblée nationale, « la majorité plurielle » qui regroupe des socialistes, des communistes, des membres du Parti radical de gauche et des Verts. Un concept qui sied à celui qui est né dans une famille protestante de gauche.
Lionel Jospin a d’abord été trotskiste, avant de rejoindre le Parti socialiste en 1971. Dix ans plus tard, il en devient le premier secrétaire. Élu député à de nombreuses reprises du XVIIIe arrondissement de Paris et de Haute-Garonne (Cintegabelle), conseiller régional et général, ou bien encore eurodéputé (1984-1988), Lionel Jospin est ministre de l’Éducation de 1988 à 1992.
Au cours de sa carrière politique, Lionel Jospin, diplômé de l’Institut d’études politiques et de l’ENA, a pris sa retraite deux fois. Tout d’abord, en 1993, alors qu’il vient d’être battu aux législatives et qu’il est lassé des combats internes avec son éternel rival, Laurent Fabius.
Mais cela ne dure pas. En 1995, il se présente à l’élection présidentielle et s’incline au second tour face à Jacques Chirac (52,64% des suffrages), avant de devenir finalement son Premier ministre. La gauche remporte en effet largement les législatives anticipées de 1997.
Lionel Jospin renonce une seconde fois, à 65 ans, à la vie politique en 2002. Éliminé contre toute attente par Jean-Marie Le Pen, alors à la tête du Front national, dès le premier tour de la présidentielle, il jette l’éponge le soir même. « J’assume pleinement la responsabilité de cet échec », déclare le candidat malheureux devant ses partisans abasourdis rassemblés dans son QG de campagne. Jacques Chirac est finalement réélu avec 82,21% des voix.
Depuis, la parole de l’ancien Premier ministre s’était faite rare. Mais en coulisse, Lionel Jospin, qui est toujours resté fidèle à sa famille politique, continuait de donner son avis, parfois critique. Ainsi, en 2007, il soutient Ségolène Royal, candidate à la présidentielle. Mais quelques mois plus tard, après son échec au second tour, il n’est pas tendre avec elle. Dans un livre intitulé L’impasse (Flammarion), il écrit qu’elle était « la candidate la moins capable de gagner ».
Pour les européennes de 2019, Lionel Jospin, vient alors d’achever son mandat au Conseil constitutionnel (où il siégeait depuis 2015) et n’est plus soumis au devoir de réserve. Il appelle à voter pour la liste PS/Place publique porté par l’essayiste Raphaël Glucksmann.
Jospin intervient à nouveau dans le débat public aux lendemains des municipales de 2020 en publiant un livre dans lequel il partage « ses réflexions sur la situation politique de la France au milieu du quinquennat d’Emmanuel Macron ».
Lionel Jospin interviendra à nouveau en 2024, face à la fragmentation inédite de l’Assemblée nationale, et alors que Michel Barnier vient d’être censuré et François Bayrou nommé à sa place, l’ancien Premier ministre livrera sa vision de la stratégie à tenir. « La gauche doit rester dans l’opposition pour éviter une confusion politique, tout en contribuant à faire durer le gouvernement ». Moins d’un an plus tard, il soutient Emmanuel Grégoire dans la primaire du Parti socialiste. Ce a été élu maire de Paris, le jour même du décès de Jospin.
