FIFA : le projet de vente d’actions liées au Mondial provoque une tempête dans le football mondial

FIFA President Gianni Infantino meets the media at the FIFA World Cup closing press conference in Doha, Qatar, Friday, Dec. 16, 2022. (AP Photo/Martin Meissner)

La FIFA se retrouve au cœur d’une nouvelle controverse après avoir confirmé travailler sur un projet permettant l’entrée d’investisseurs privés dans certaines de ses activités commerciales. L’initiative, portée par le président Gianni Infantino, suscite une vive opposition de l’UEFA, de plusieurs fédérations européennes et de nombreux observateurs qui craignent une privatisation progressive du football mondial.

Une nouvelle structure baptisée « FIFA Forward Enterprise »

Selon les informations révélées par Reuters, la FIFA souhaite créer une filiale commerciale appelée FIFA Forward Enterprise (FFE). Cette entité regrouperait les activités génératrices de revenus de l’organisation : droits de diffusion télévisée, contrats de sponsoring, billetterie, licences commerciales ainsi que certaines compétitions majeures comme la Coupe du monde masculine, la Coupe du monde féminine et la Coupe du monde des clubs.

La nouvelle société serait valorisée autour de 20 milliards de dollars, et la FIFA envisagerait de céder jusqu’à 20 % du capital à des investisseurs privés afin de lever environ 4,2 milliards de dollars.

La FIFA assure qu’elle gardera le contrôle

Face aux critiques, l’instance mondiale insiste sur le fait qu’elle conserverait la majorité des actions et le contrôle total de la gouvernance sportive. Les investisseurs n’auraient accès qu’à une participation minoritaire et ne pourraient pas décider des règles du jeu, de l’organisation des compétitions ou des décisions disciplinaires.

Gianni Infantino présente ce projet comme un moyen de « démocratiser davantage les ressources du football » en augmentant les revenus redistribués aux 211 fédérations membres. La FIFA promet notamment une hausse importante des aides financières accordées aux associations nationales lors du cycle 2027-2030.

L’UEFA dénonce « l’âme du football mise en vente »

La réaction européenne a été immédiate et particulièrement virulente. L’UEFA accuse la FIFA d’avoir lancé ce projet sans consultation suffisante des confédérations et des fédérations nationales.

Plusieurs responsables européens estiment que l’entrée de fonds d’investissement dans les droits commerciaux du Mondial revient à « vendre l’âme du football ». Des fédérations comme celles d’Angleterre, de France, des Pays-Bas, du Danemark ou encore de Suède ont exprimé leurs inquiétudes concernant le manque de transparence et les risques pour l’équilibre institutionnel du football mondial.

Pourquoi ce projet inquiète autant ?

Les critiques ne portent pas seulement sur la vente d’actions. Beaucoup redoutent que des investisseurs privés cherchent à maximiser les profits en poussant la FIFA à :

Le syndicat des joueurs FIFPRO Europe a également averti qu’une logique purement financière pourrait modifier durablement les priorités du football professionnel.

Des investisseurs américains dans les discussions

D’après Reuters et d’autres médias financiers, le groupe d’investisseurs pressenti serait conduit par Thrive Eternal, un fonds lié à l’entrepreneur américain Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump. La banque JPMorgan participerait aux discussions financières autour de l’opération.

Ces connexions américaines et politiques alimentent encore davantage les critiques adressées à Gianni Infantino, déjà accusé par certains dirigeants européens d’entretenir des relations trop étroites avec les milieux d’affaires et politiques américains.

Une décision encore loin d’être actée

Pour l’instant, le projet n’a pas été définitivement adopté. Il devra encore être examiné par le Conseil de la FIFA puis soumis à un processus d’approbation impliquant les fédérations membres.

Mais cette affaire ouvre déjà un nouveau front dans le bras de fer entre la FIFA et l’UEFA. Derrière la question financière se joue en réalité un débat beaucoup plus large : le football mondial doit-il rester un bien collectif gouverné principalement par les institutions sportives, ou peut-il devenir un actif ouvert aux investisseurs privés comme les grandes ligues et franchises américaines ?

Une question qui pourrait profondément transformer l’économie et la gouvernance du football dans les années à venir.

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