Après deux jours de garde à vue, la pression judiciaire est retombée, sans pour autant dissiper les nuages qui s’accumulent au-dessus de la filière cacao ivoirienne. Kanga Koffi, président de l’Association nationale des producteurs de café-cacao de Côte d’Ivoire (ANAPROCI), et Koné Moussa, président du Syndicat national agricole pour le progrès de la Côte d’Ivoire (SYNAP-CI), ont été remis en liberté ce mercredi 4 février 2026, à l’issue de leur présentation devant le procureur de la République.
Convoqués dans la matinée, les deux responsables syndicaux ont quitté le parquet libres de leurs mouvements quelques heures plus tard. L’annonce officielle de leur libération, intervenue aux alentours de midi, met un terme provisoire à une séquence judiciaire qui avait ravivé les tensions entre les représentants des producteurs et le régulateur de la filière.
À la sortie de l’audience, leur avocat, Me Dogbemin Koné, a adopté un ton mesuré, laissant entendre que l’heure n’était pas encore aux prises de parole offensives. « Aujourd’hui, nous n’avons pas de commentaires à formuler. Nous reviendrons ultérieurement pour nous exprimer plus amplement », a-t-il déclaré devant la presse, tout en remerciant « la plus haute autorité de la République pour son engagement dans le secteur café-cacao » et en se félicitant de l’issue de la procédure.
Cette libération intervient après l’interpellation, le lundi 2 février, de Kanga Koffi et Koné Moussa, alors qu’ils se présentaient pour une confrontation avec le directeur général du Conseil Café-Cacao (CCC), Yves Brahima Koné. La plainte, introduite par ce dernier, portait sur des accusations de diffamation et de dénonciation calomnieuse, à la suite de déclarations publiques et d’articles de presse évoquant des dysfonctionnements dans la commercialisation du cacao.
Sur le fond, l’affaire dépasse largement le cadre judiciaire. Depuis plusieurs semaines, de nombreux producteurs affirment avoir livré leurs fèves à des exportateurs contre des tickets, sans percevoir leurs paiements dans les délais habituels. Sur le terrain, les organisations paysannes parlent de blocages partiels, de difficultés d’insertion dans les dispositifs numériques de suivi, et d’un système d’écoulement grippé, dans un contexte déjà fragilisé par la volatilité des cours internationaux.
La garde à vue des deux leaders syndicaux avait été perçue comme un signal fort, voire dissuasif, envoyé à la plateforme paysanne au moment où celle-ci cherchait à porter ses revendications au sommet de l’État. Leur remise en liberté apaise temporairement le climat, mais ne règle aucune des questions structurelles qui minent la filière.Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire joue sa crédibilité économique et sociale dans la gestion de cette crise. Derrière les procédures et les communiqués, ce sont les revenus de millions de petits planteurs, la fluidité des exportations et la confiance des partenaires internationaux qui sont en jeu.
Désormais, l’attention se tourne vers l’exécutif. Le nouveau ministre de l’Agriculture, Bruno Nabagné Koné, est attendu sur le terrain des solutions concrètes : sécurisation des paiements, clarification des mécanismes de commercialisation et restauration du dialogue entre le Conseil Café-Cacao et les organisations de producteurs. La justice a desserré l’étau. L’économie, elle, attend toujours une réponse.


