Côte d’Ivoire : Korhogo et Bouaké passent à l’offensive contre l’incivisme routier

À Korhogo comme à Bouaké, la lutte contre l’incivisme routier change de ton. Face à la multiplication des motos, tricycles et motos-taxis, les maires Lacina Ouattara, dit Lass PR, et Amadou Koné renforcent les opérations de sensibilisation, de contrôle et de répression pour tenter de reprendre le contrôle des routes.

Le phénomène est devenu un véritable enjeu de sécurité publique dans ces deux grandes villes du Nord et du Centre de la Côte d’Ivoire. La croissance rapide des déplacements à deux et trois roues s’est accompagnée d’une multiplication des comportements dangereux : absence de casque, non-respect des feux tricolores, conduite à contresens ou encore rodéos urbains.

À Korhogo, le maire Lacina Ouattara a choisi de privilégier une présence directe sur le terrain. Casque à la main, il mène lui-même des opérations de sensibilisation auprès des conducteurs de motos. Cette démarche pédagogique s’accompagne toutefois d’une politique plus ferme, avec la mise en fourrière des engins en infraction, en collaboration avec les forces de l’ordre.

À Bouaké, la priorité est aussi de structurer le secteur

À Bouaké, Amadou Koné veut aller plus loin que la simple répression des infractions. Le maire a notamment engagé un processus d’identification des motos-taxis afin de mieux encadrer une activité qui s’est largement développée dans l’informel.

La police municipale est également mobilisée contre les rodéos, particulièrement visibles lors des mariages et baptêmes. Les contrôles doivent progressivement s’étendre aux principales infractions au Code de la route, notamment le non-port du casque, l’absence de rétroviseurs et la conduite dangereuse.

Une campagne de sensibilisation et de contrôle est annoncée pour le 12 septembre à Bouaké. La municipalité envisage par ailleurs des mesures plus restrictives si l’indiscipline persiste, notamment la possibilité de limiter l’accès de certaines voies aux engins à deux et trois roues.

Une bataille qui dépasse la simple circulation

Derrière ces opérations se trouve une question plus large : comment accompagner l’essor des mobilités à deux et trois roues sans laisser se développer une économie du transport totalement informelle et difficile à contrôler ?

Les collectivités disposent de compétences en matière d’organisation de la circulation dans les communes. Ces actions s’inscrivent également dans le cadre de la loi portant orientation du transport intérieur (LOTI).

L’enjeu est donc autant sécuritaire qu’économique et urbain. Mieux identifier les opérateurs, réglementer les activités de transport et faire respecter les règles doivent permettre de concilier mobilité quotidienne et sécurité des usagers.

Plus de 1 200 morts sur les routes en 2025

L’urgence est d’abord humaine. Selon les chiffres avancés dans le cadre de cette campagne, les accidents de la circulation ont provoqué plus de 1 200 décès en Côte d’Ivoire en 2025. Les usagers des deux et trois roues représenteraient à eux seuls environ un tiers des victimes, soit plus de 400 morts.

Ces chiffres donnent une autre dimension aux initiatives de Korhogo et de Bouaké. Pour les autorités locales, le contrôle des motos et tricycles n’est plus seulement une question d’ordre public. Il s’agit de réduire une source majeure de mortalité sur les routes.

De Bouaké et Korhogo à l’échelle nationale ?

L’expérience pourrait prendre une dimension nationale. Amadou Koné cumule en effet ses fonctions de maire de Bouaké avec la présidence de l’Union des villes et communes de Côte d’Ivoire (UVICOCI), la faîtière des collectivités territoriales ivoiriennes.

La réussite des dispositifs expérimentés dans les deux villes pourrait ainsi alimenter une réflexion plus large sur la gestion des motos-taxis, des tricycles et, plus généralement, des mobilités urbaines dans les communes ivoiriennes.

Korhogo mise sur la proximité et la sensibilisation. Bouaké combine identification, encadrement et contrôle. Deux approches différentes, mais une même ambition : faire reculer l’incivisme routier avant que l’essor des deux et trois roues ne transforme durablement les routes ivoiriennes en zones de non-droit.

Le véritable test sera désormais celui des résultats : moins d’infractions, moins d’accidents et surtout moins de morts. Si les deux villes parviennent à démontrer qu’une politique municipale volontariste peut changer les comportements, leur expérience pourrait rapidement dépasser les frontières de leurs communes.

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