Le 23 février 2026, Daloa ne sera pas seulement le cadre d’un hommage. Ce sera un test. Un test de cohésion pour le monde paysan. Un test politique pour la gouvernance de la filière café-cacao.
À l’appel du SYNAPCI et de l’ANAPROCI, entre 2 500 et 3 000 producteurs sont attendus au Centre culturel de la capitale du Haut-Sassandra. Des délégations issues des 23 régions productrices ont annoncé leur présence. Coopératives, responsables syndicaux, délégués locaux : toute l’architecture représentative du secteur sera là.Officiellement, il s’agit de rendre hommage à Koné Moussa, président du SYNAPCI, et à Kanga Koffi, président du Conseil d’administration de l’ANAPROCI.Officieusement, le message est plus profond.
La filière café-cacao constitue l’épine dorsale de l’économie agricole ivoirienne. Premier producteur mondial de cacao, le pays tire de cette culture une part décisive de ses recettes d’exportation et de ses équilibres ruraux. Des millions de familles vivent directement ou indirectement de cette chaîne de valeur. Dans cet écosystème, le producteur est le point d’ancrage. Sans lui, rien ne circule.C’est cette centralité que les organisateurs veulent rappeler.
« Ces deux personnalités font énormément pour les producteurs. Elles informent, sensibilisent et défendent avec détermination les intérêts des producteurs et de leurs familles », affirme Yaya Koné, délégué régional et secrétaire chargé de la communication de l’ANAPROCI.
Derrière l’hommage, il y a une séquence plus sensible.
Récemment, Koné Moussa et Kanga Koffi ont été placés en garde à vue pendant 48 heures après avoir dénoncé des irrégularités dans la commercialisation du cacao. Ils ont été libérés sur instruction du procureur.L’épisode a marqué les esprits.
« Ce n’est pas seulement Koné Moussa et Kanga Koffi qui ont été interpellés, c’est l’ensemble des producteurs qui se reconnaissent dans l’ANAPROCI et le SYNAPCI », insiste Yaya Koné.
Sur le terrain, les tensions ne sont pas théoriques. Elles sont matérielles.« Dans plusieurs campements, du cacao est encore stocké. Nos leaders sont allés constater cette réalité sur le terrain. Leur interpellation a profondément choqué les producteurs. Pour nous, c’est toute la filière qui a été touchée », souligne Koné Zakaria, coordinateur régional du SYNAPCI.
Du cacao stocké signifie trésorerie immobilisée. Revenus différés. Pression sur les ménages ruraux. À l’échelle d’une filière stratégique, ces blocages deviennent rapidement un enjeu macroéconomique.
La mobilisation de Daloa dépasse donc le symbole. Elle vise à structurer une réponse collective. Les organisateurs annoncent que la rencontre débouchera sur des recommandations « réalistes, inclusives et concertées » pour apaiser les tensions autour de la commercialisation.
Ces propositions seront transmises au Président de la République ainsi qu’au ministre de l’Agriculture, Bruno Koné Nabagné. L’objectif affiché est l’ouverture d’un dialogue durable.
La question est désormais stratégique : cette mobilisation restera-t-elle un acte de solidarité ou marquera-t-elle le début d’un nouveau cycle de négociation dans la gouvernance du cacao ivoirien ?
À Daloa, carrefour historique du cacao, les producteurs ne réclament pas seulement de la reconnaissance. Ils réclament une place. Une place pleine et entière dans les décisions qui structurent leur avenir.
Et dans une économie où le cacao reste un pilier, leur voix pèse plus qu’un symbole.


