Quels emplois sont réellement menacés par l’intelligence artificielle ? Anthropic a développé une nouvelle méthode pour mesurer cette exposition en combinant les capacités théoriques des modèles d’IA avec les usages observés de son assistant Claude dans le monde professionnel. L’objectif est de mieux distinguer les tâches que l’IA pourrait réaliser de celles qu’elle réalise effectivement aujourd’hui.
Les métiers liés à l’informatique figurent parmi les plus exposés. Les programmeurs arrivent en tête du classement établi par Anthropic, avec environ 75 % de couverture des tâches observées. Ils sont suivis notamment par les représentants du service client et les opérateurs de saisie de données, dont certaines missions peuvent être largement automatisées. Anthropic souligne toutefois que l’exposition d’un métier ne signifie pas nécessairement que les emplois concernés vont disparaître.
À l’inverse, certains métiers apparaissent très peu couverts par les usages actuels de l’IA. Anthropic cite notamment les cuisiniers, les mécaniciens de motos, les sauveteurs, les barmans, les plongeurs et les employés de cabine d’essayage. Au total, environ 30 % des travailleurs appartiennent à des professions dont les tâches apparaissent trop rarement dans les données analysées pour atteindre le seuil de couverture retenu par l’étude.
Cette différence s’explique notamment par la nature des tâches. Les activités qui nécessitent une présence physique, l’utilisation d’équipements spécialisés, des interventions dans des environnements imprévisibles ou une forte interaction humaine restent plus difficiles à automatiser. À l’inverse, les métiers reposant largement sur des tâches numériques, répétitives ou facilement déléguées à un logiciel sont davantage exposés.
Anthropic observe par ailleurs que les effets de l’IA sur l’emploi pourraient être progressifs plutôt que brutaux. L’entreprise ne constate pas, à ce stade, d’augmentation systématique du chômage chez les travailleurs des professions les plus exposées depuis 2022. Elle relève néanmoins des signes suggérant un ralentissement de l’embauche des jeunes dans certains métiers fortement exposés.
L’étude invite donc à ne pas opposer simplement les « métiers menacés » aux « métiers protégés ». L’impact de l’IA dépendra surtout de la proportion de tâches pouvant être automatisées, de la fiabilité des outils et de la capacité des travailleurs à utiliser l’intelligence artificielle comme un complément à leurs compétences. Selon Anthropic, cette transformation pourrait ainsi modifier progressivement le contenu de nombreux métiers plutôt que conduire systématiquement à leur disparition.
