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Accueil » Côte d'Ivoire » Cacao : prix, stocks, gouvernance… le SYNAP-CI ouvre un front contre le Conseil Café-Cacao

Cacao : prix, stocks, gouvernance… le SYNAP-CI ouvre un front contre le Conseil Café-Cacao

par JM Gogbeu
septembre 16, 2026
dans Agriculture, Côte d'Ivoire, Société
Cacao : prix, stocks, gouvernance… le SYNAP-CI ouvre un front contre le CCC

Cacao : prix, stocks, gouvernance… le SYNAP-CI ouvre un front contre le CCC

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Après deux semaines de préavis, le SYNAP-CI a annoncé mercredi 16 septembre une grève illimitée des producteurs de cacao. Au-delà du prix bord champ de 1 200 FCFA/kg, le syndicat conteste la gestion des stocks, met en cause la gouvernance du Conseil Café-Cacao et réclame le départ de son directeur général, Koné Brahima Yves.

La crise du cacao ivoirien franchit un nouveau cap. Réuni avec la presse à Abidjan-Plateau, le Syndicat national agricole pour le progrès en Côte d’Ivoire (SYNAP-CI) a annoncé l’entrée en vigueur de son mot d’ordre de grève illimitée.

« Le SYNAP-CI rentre en grève illimitée jusqu’au départ du directeur général du Conseil Café-Cacao », a déclaré son président national, Koné Moussa.

Selon le syndicat, la décision avait été arrêtée lors d’une réunion avec ses délégués régionaux à Daloa le week-end précédent. Elle intervient principalement dans un contexte de forte contestation du prix bord champ fixé à 1 200 FCFA le kilogramme pour la campagne principale 2026-2027.

Les 1 200 FCFA au cœur de la colère

Pour les producteurs représentés par le SYNAP-CI, le niveau du prix constitue une rupture majeure avec les attentes de la filière. Koné Moussa a également comparé ce prix à ceux annoncés dans plusieurs autres pays producteurs, notamment le Brésil, l’Équateur, le Nigéria, le Cameroun et le Ghana.

Ces niveaux de prix étrangers sont ceux communiqués par le président du SYNAP-CI et n’ont pas fait l’objet d’une vérification indépendante dans le cadre de cet article.

Le syndicat conteste surtout la manière dont le risque lié au retournement des cours internationaux a été réparti. Koné Moussa reproche au Conseil Café-Cacao d’avoir vendu par anticipation une partie importante de la production à un niveau qu’il juge aujourd’hui défavorable.

Le gouvernement explique pour sa part le niveau du prix par les contraintes liées aux volumes commercialisés à l’avance et par le retournement des cours mondiaux après leur sommet de fin 2025.

Le débat dépasse ainsi la seule rémunération du planteur. Il porte désormais sur la stratégie de commercialisation de la Côte d’Ivoire et sur la manière dont la filière peut protéger les revenus des producteurs lorsque les cours internationaux évoluent brutalement.

Les stocks et les 291 milliards FCFA

Le deuxième front concerne les stocks résiduels de la campagne précédente. Le SYNAP-CI affirme que des producteurs et des coopératives détiennent encore des reçus correspondant à des volumes qui n’auraient pas été entièrement payés.

Le syndicat réclame également davantage de transparence sur les 291 milliards FCFA mobilisés par l’État pour le rachat de ces stocks, allant jusqu’à demander la publication de la liste des bénéficiaires.

Ces affirmations sont celles du SYNAP-CI et nécessitent, pour certaines, des éléments de vérification indépendants.

Pour les producteurs, l’enjeu est toutefois concret : les difficultés d’écoulement et les retards de paiement peuvent directement affecter leur trésorerie et celle des coopératives, acheteurs et transporteurs qui dépendent de la commercialisation du cacao.

Le directeur général du CCC directement visé

La contestation prend désormais une dimension institutionnelle. Le SYNAP-CI demande le départ de Koné Brahima Yves, directeur général du Conseil Café-Cacao depuis août 2017.

Koné Moussa lui attribue une série de difficultés rencontrées dans la filière, notamment autour de la commercialisation et de la gestion des stocks. « Depuis l’arrivée de ce monsieur, chaque année, on fait de crise en crise », a-t-il déclaré.

Ces reproches constituent la position du syndicat et ne permettent pas, à eux seuls, d’établir une responsabilité personnelle du directeur général dans les difficultés évoquées.

La crise met également en lumière les tensions entre organisations de producteurs. L’Organisation interprofessionnelle agricole (OIA) café-cacao, présidée par Siaka Diakité, a mené le 12 septembre à Divo une campagne invitant les producteurs à ne pas suivre le mot d’ordre du SYNAP-CI.

Cette opposition illustre le débat plus large sur la représentation des producteurs et la gouvernance de la filière.

Des accusations sur les cartes producteurs

Le SYNAP-CI ouvre par ailleurs un autre front en mettant en cause le système des cartes producteurs. Koné Moussa accuse certains acteurs de la commercialisation d’utiliser des données de producteurs pour faire entrer dans le circuit officiel des stocks qu’il qualifie de non tracés.

Le syndicat évoque notamment le cas d’un exportateur basé à San-Pédro qui aurait reçu plusieurs dizaines de camions malgré le début du mouvement.

Ces accusations n’ont pas été vérifiées indépendamment à la date de publication et le Conseil Café-Cacao n’avait pas publiquement confirmé les faits rapportés par le syndicat.

Les ports dans le viseur

Le mouvement pourrait enfin affecter la chaîne logistique. Le SYNAP-CI affirme que l’acheminement du cacao vers les ports d’Abidjan et de San-Pédro a déjà fortement ralenti.

« Le port de San-Pédro et celui d’Abidjan sont vides », a affirmé Koné Moussa, tout en soutenant que certains camions présents chercheraient à contourner le mot d’ordre.

Là encore, cette situation devra être confrontée aux données des autorités portuaires, des exportateurs et des opérateurs logistiques.

Si le mouvement devait effectivement s’étendre aux principaux bassins de production et perturber durablement les acheminements, la crise sociale pourrait se transformer en problème logistique pour toute la chaîne d’exportation.

Une crise qui dépasse désormais le prix

Avec cette grève illimitée, le SYNAP-CI élargit donc considérablement son champ de revendications. Le prix de 1 200 FCFA/kg reste le point de départ de la contestation, mais le syndicat met désormais sur la table la commercialisation, les stocks résiduels, la traçabilité, la gestion des fonds publics et la gouvernance du Conseil Café-Cacao.

La principale revendication est désormais sans ambiguïté : le départ du directeur général du régulateur.

Le gouvernement et le Conseil Café-Cacao devront donc répondre à une contestation qui ne porte plus seulement sur le revenu du planteur, mais sur le fonctionnement même du dispositif de régulation de la première filière agricole d’exportation du pays.

Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu est d’autant plus important que le cacao alimente une chaîne économique allant des plantations jusqu’aux ports, en passant par les coopératives, les acheteurs, les transporteurs et les exportateurs. La capacité à contenir le conflit et à maintenir cette chaîne opérationnelle sera désormais au cœur de la suite de la crise.

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Tags: cacao ivoirienConseil Café-CacaogrèvePrix bord champSYNAP-CI
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