L’ONG Coffee Watch met en lumière dans une étude publiée dimanche 21 juin 2026, les conséquences sanitaires et environnementales pour les millions de travailleurs qui cultivent le café, l’une des boissons les plus consommées au monde.
Le café est souvent associé à des images de nature, de terroir et, de plus en plus, à des promesses de durabilité. Pourtant, derrière cette filière mondialisée se cache une réalité moins connue, à savoir, celle d’un recours massif aux pesticides dans de nombreux pays producteurs, vu les résidus retrouvés dans les tasses des consommateurs, suscitant des interrogations.
L’ONG, dans son rapport « Poison in your coffee (« Du poison dans votre café »), qui compile plusieurs centaines de travaux scientifiques consacrés aux impacts sanitaires et environnementaux de la caféiculture intensive. « Notre rapport, c’est notre effort pour tirer la sonnette d’alarme. Il y a des traces de résidus de pesticides dans une tasse sur cinq que les consommateurs boivent. Mais la catastrophe, c’est que les travailleurs sont empoisonnés », explique Etelle Higonnet, l’une de ses autrices.
Une culture particulièrement dépendante des pesticides
L’étude souligne ainsi que le café figure parmi les cultures les plus consommatrices de pesticides au monde. Au Kenya, par exemple, la culture du café mobiliserait près d’un quart des pesticides utilisés dans le pays alors qu’elle ne représente qu’environ 1% des surfaces agricoles.
Les chercheurs ont recensé 159 substances actives homologuées pour la production de café dans les principaux pays étudiés. Parmi elles figurent plusieurs pesticides classés comme cancérogènes probables, neurotoxiques ou toxiques pour la reproduction. « Ce qui est encore plus frappant, c’est que 59 à 60% des pesticides utilisés dans le café sont interdits en Europe parce qu’ils sont jugés trop dangereux », poursuit Etelle Higonnet.
Le rapport cite notamment le chlorpyrifos, interdit dans l’Union européenne depuis 2020 en raison de ses effets potentiels sur le développement neurologique des enfants, ou encore l’imidaclopride, un insecticide néonicotinoïde dont l’impact sur les pollinisateurs est largement documenté.
Des millions de travailleurs en première ligne
Pour Coffee Watch, l’enjeu majeur concerne toutefois les travailleurs agricoles. Le rapport rappelle que la filière café fait vivre environ 25 millions de producteurs et 100 millions de travailleurs dans le monde. Or, dans de nombreuses régions productrices, l’accès aux équipements de protection reste limité.
En République dominicaine, 87% des producteurs interrogés déclarent ne pas porter de gants ou de masque lors de l’application des pesticides. En Inde, les deux tiers des travailleurs n’utilisent aucune protection spécifique. « La plupart des fermiers et des travailleurs n’ont absolument pas accès à des formations ni à des protections », poursuit Etelle Higonnet.
Les conséquences immédiates sont largement documentées, à savoir, nausées, vomissements, vertiges, irritations cutanées ou troubles respiratoires. Mais les auteurs insistent surtout sur les risques liés à une exposition chronique. Ainsi, des effets sanitaires se manifestent également sur le long terme. Selon le rapport, 14% des pesticides utilisés dans la culture du café sont classés comme cancérogènes probables ou avérés, tandis que près des deux tiers présentent une toxicité potentielle pour la reproduction.
Les auteurs évoquent également des liens établis entre certaines substances et des maladies neurodégénératives comme Parkinson, ainsi que des effets sur la fertilité ou le développement des enfants exposés avant la naissance : « On observe des cancers, des problèmes de fertilité, de reproduction, des cas de Parkinson. Ce ne sont pas des conséquences mineures », développe Etelle Higonnet.
Des résidus retrouvés dans les grains exportés
L’étude s’intéresse également à la présence de résidus dans les grains commercialisés sur les marchés internationaux. Entre 2020 et 2024, les pesticides ont constitué la première catégorie de risques signalés dans le système européen d’alerte rapide pour les denrées alimentaires concernant le café.
Selon des données analysées par PAN Europe (Pesticide Action Network), 23% des échantillons de café contrôlés en Europe contenaient des pesticides interdits dans l’Union européenne. « Quand on trouve des résidus dans le café, il s’agit souvent d’un cocktail de pesticides et non d’une seule substance », précise Etelle Higonnet, qui affirme que les effets cumulés de ces mélanges demeurent insuffisamment étudiés.
Face à cela, les marques multiplient les labels et certifications assurant d’une relative qualité environnementale et sociale. Mais ce rapport interroge également l’efficacité de ces dispositifs. « Quand vous buvez un café certifié, cela ne signifie pas nécessairement qu’il est exempt de pesticides », précise Etelle Higonnet. Selon elle, les cahiers des charges varient fortement d’un label à l’autre, rendant leur lecture difficile pour les consommateurs.
Elle estime également qu’aucune certification ne garantit aujourd’hui, à elle seule, un revenu décent pour l’ensemble des producteurs et travailleurs de la filière.
Malgré ce constat sévère, Coffee Watch affirme qu’il existe des alternatives éprouvées. Le rapport met notamment en avant les systèmes agroforestiers et les pratiques agroécologiques, qui permettent de réduire fortement la dépendance aux pesticides tout en préservant la biodiversité. « On sait parfaitement comment produire un café respectueux de la nature, conclut-elle. Le café biologique existe. Les solutions existent également. La question est désormais de savoir si les acteurs de la filière sont prêts à les généraliser. »
