Quel bilan pour l’Iran après 11 jours de guerre ?

Onze jours après le début de l’offensive américano-israélienne, l’euphorie, qui avait saisi une partie de la population iranienne à l’annonce de l’assassinat du guide iranien d’Ali Khamenei, a laissé place à un regret amer devant l’ampleur des destructions.

Si le 28 février, des citoyens comme Shirin célébraient la mort du Guide suprême en dansant et en débouchant des bouteilles de vin, le spectacle des infrastructures nationales en flammes et le bilan civil qui s’alourdit poussent aujourd’hui de nombreux habitants à admettre que ce déchaînement de violence n’est pas ce qu’ils voulaient, a rapporté mercredi 11 mars 2026 le quotidien israélien Yedioth Ahronoth.

Shirin, une Téhéranaise d’une trentaine d’années, explique que son soutien initial à la guerre s’est brisé dimanche, lorsque des frappes aériennes ont visé des installations de stockage de carburant.

En observant l’épais panache de fumée noire obscurcir le ciel, elle a réalisé que l’offensive étrangère, censée apporter la liberté promise par le président américain Donald Trump, était en train d’appauvrir les Iraniens encore plus radicalement que ne l’avait fait le régime.

Pour elle, voir le patrimoine industriel du pays partir en fumée dépasse le prix qu’elle était prête à payer pour le changement politique.

Le traumatisme est quotidien dans les rues de la capitale, où le bruit des explosions terrorise les familles.

Une habitante raconte que si les missiles visent officiellement des cibles stratégiques comme les commissariats et les bases militaires, l’impact des déflagrations souffle les fenêtres des maisons ordinaires, transformant chaque quartier en zone de danger.

Le ministère de la Santé fait état de plus de 1 200 civils tués et 10 000 blessés, des chiffres que les organisations internationales jugent crédibles malgré les difficultés d’accès au terrain.

À Shiraz, le soulagement de voir l’appareil sécuritaire s’effondrer est tempéré par l’angoisse de l’anarchie.

Un commerçant local note que si la jeunesse rêve d’un avenir meilleur, les générations plus anciennes craignent qu’une guerre civile ne soit pire que la dictature actuelle.

Cette incertitude profite au régime qui tente de se réorganiser en urgence, désignant Mojtaba Khamenei pour succéder à son père, tout en organisant des rassemblements de fidèles pour projeter une image de stabilité factice.

Selon Ali Ansari, spécialiste de l’Iran à l’université de St Andrews, ce conflit place la population dans une position impossible.

S’il doute que les bombardements créent un ralliement massif derrière le drapeau, il souligne que la destruction des ressources vitales comme les dépôts de carburant risque de retourner l’opinion contre les forces libératrices.

Pour Shirin et tant d’autres, le rêve de liberté est désormais hanté par le deuil des innocents et la peur d’un pays durablement paralysé.

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