Le parquet de Paris a requis, jeudi 26 février 2026, une peine de 15 ans de réclusion criminelle contre Claude Muhayimana, 65 ans, jugé en appel pour complicité de génocide et de crimes contre l’humanité lors du génocide des Tutsis de 1994 au Rwanda.
Selon des médias internationaux, déjà condamné en première instance à 14 ans de prison, l’ancien chauffeur franco-rwandais est accusé d’avoir transporté des miliciens interahamwe vers plusieurs sites de massacres dans l’ouest du pays, notamment sur les collines de Kibuye et de Bisesero. Selon l’accusation, il aurait également attendu la fin des tueries afin de raccompagner les assaillants.
À l’audience, l’avocate générale a rappelé les dépositions de plusieurs témoins affirmant avoir vu l’accusé conduire des convois de miliciens entonnant des chants d’extermination. « On ne peut pas à la fois nier les faits et plaider la contrainte », a-t-elle déclaré, estimant que Claude Muhayimana n’avait entrepris aucune démarche pour se soustraire aux crimes ni tenté d’en retarder l’exécution.
L’accusé, qui clame son innocence, conteste avoir été présent à Kibuye au moment des faits. Ses avocats, Me Hugo Latrabe et Me Rheda Ghileci, ont plaidé l’acquittement, dénonçant des témoignages « mensongers » ou « fabriqués » et soulignant des incohérences dans les dates et les lieux évoqués. Ils ont également invoqué la contrainte, soutenant que leur client aurait agi sous la menace de gendarmes armés, alors que son épouse était tutsie.
Au cours de ce procès en appel, de nouveaux faits ont été évoqués, notamment le rôle présumé de l’accusé dans le massacre de l’école de Niamyshaba, où des milliers de Tutsis ont été tués.
Du côté des parties civiles, la réquisition de 15 ans de prison est jugée « insuffisante » au regard de la gravité des faits. Le collectif des parties civiles pour le Rwanda, à l’origine de la plainte déposée en 2013, suit le dossier depuis plus d’une décennie. Sa cofondatrice, Dafroza Gauthier, a rappelé que l’accusé est jugé par la justice française pour complicité de génocide, indépendamment de toute considération politique. Son époux, Alain Gauthier, s’est dit « déçu » des réquisitions, tout en affirmant attendre une décision de culpabilité.
Parmi les proches de l’accusé, sa cousine a évoqué un « complot politique », affirmant que les poursuites seraient liées à son appartenance supposée à l’opposition rwandaise.
Le verdict est attendu ce vendredi 27 février.
Un mandat d’arrêt avait été émis par les autorités rwandaises en 2011. Après un premier avis favorable, la justice française avait refusé l’extradition. La procédure engagée en France s’inscrit dans le cadre de la compétence universelle, qui permet de juger sur le sol français des suspects de génocide lorsqu’ils y résident.
Claude Muhayimana encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Il est considéré comme le premier civil jugé en France pour des faits liés au génocide des Tutsis de 1994.
Via AIP
