Filière cacao en Côte d’Ivoire : Arrestations et blocages mettent les producteurs à bout 

SYNAPCI-ANAPROCI

La filière cacao ivoirienne traverse une phase de tension inédite. Ce lundi 2 février, les présidents de l’Association Nationale des Producteurs de Café-Cacao de Côte d’Ivoire (ANAPROCI), Kanga Koffi, et du Syndicat National Agricole pour le Progrès de la Côte d’Ivoire (SYNAPCI), Koné Moussa, ont été placés en garde à vue après leur convocation par la justice. La plainte émane du Directeur général du Conseil Café-Cacao (CCC), Yves Brahima Koné, et vise des accusations de diffamation et de dénonciation calomnieuse.

Les convocations avaient commencé le vendredi 30 janvier 2026, mais le plaignant, le DG du CCC, ne s’était pas présenté, empêchant toute confrontation. Ce lundi, il est de nouveau absent lors de la convocation initiale à 10 h. Sous instruction du parquet, les leaders syndicaux ont été placés en garde à vue, avec un déferrement prévu pour demain matin.

L’avocat de M. Koffi conteste fermement les accusations. « Le plaignant ne s’est pas présenté et n’a fourni aucune preuve. Le dossier est quasiment vide. Nos clients ont simplement alerté les autorités sur une situation réelle : le retard des paiements et les blocages sur le terrain », a-t-il déclaré.

Selon lui, la dénonciation calomnieuse ne peut être retenue, car les faits signalés étaient connus des autorités supérieures et les producteurs ont agi sur leur demande. De même, la diffamation n’est pas caractérisée, puisque les informations rapportées par les syndicats — l’existence de blocages partiels et de difficultés d’insertion dans les fichiers électroniques de la filière — sont confirmées par des enquêtes journalistiques et des responsables agricoles.

Cacao bloqué : Daloa au cœur d’un tournant pour les producteurs ivoiriens
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Depuis plusieurs semaines, de nombreux producteurs ont livré leurs fèves aux exportateurs contre des tickets, mais peinent à toucher leur argent. Ce dysfonctionnement affecte directement des millions de petits producteurs, dont les revenus dépendent de la vente rapide de leurs récoltes. « Notre action ne vise pas l’État ni le président de la République, mais la gestion du DG du CCC, responsable de la paralysie partielle de la filière et des retards de paiement », insiste M. Koffi.

La crise a également des répercussions économiques internationales. La Côte d’Ivoire, premier exportateur mondial de cacao, voit sa chaîne logistique et ses flux financiers perturbés. Les exportateurs rencontrent des difficultés pour payer les producteurs en raison de retards de trésorerie, alors même que les prix mondiaux du cacao ont récemment chuté. Selon des experts, cette situation pourrait affecter la confiance des marchés internationaux et freiner la campagne 2025‑2026.

Pour organiser une réponse structurée, les syndicats avaient prévu une assemblée générale extraordinaire à Daloa, destinée à formuler des solutions concrètes et soumettre des propositions aux autorités. L’arrestation des leaders risque toutefois de renforcer la mobilisation des producteurs et d’accentuer le mécontentement si aucune action corrective n’est prise rapidement.

Le nouveau ministre de l’Agriculture est désormais appelé à intervenir pour rétablir la confiance, garantir le paiement des producteurs et assurer le fonctionnement normal de la filière, clé de l’économie ivoirienne et de ses exportations mondiales.

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