La désinformation est devenue un défi majeur pour les sociétés africaines. En Côte d’Ivoire, elle fragilise la cohésion sociale et menace la stabilité démocratique. C’est dans ce contexte que s’est tenue, le 31 janvier 2026 à Abidjan, la cérémonie de clôture du programme En Ligne Tous Responsables (ELTR), également appelé campagne DESINFOX.
Organisée par Polaris Asso, avec l’appui du Ministère de la Communication, de l’Ambassade de France et de CFI, cette initiative a mobilisé pendant 18 mois des milliers de jeunes, des organisations de la société civile (OSC) et des experts pour promouvoir l’usage responsable du numérique.
Un programme d’envergure nationale
La campagne a couvert 19 villes et impliqué 10 OSC locales. Plus de 15 000 jeunes ont été sensibilisés à l’éducation aux médias et à l’information (EMI). Les ateliers ont permis de renforcer leur esprit critique face aux fausses nouvelles.
Selon l’étude menée par Polaris Asso, 87,5% des jeunes n’avaient jamais suivi de formation en EMI avant le projet. Après les ateliers, 54,2% affirment être capables de reconnaître une fausse information avec assurance, et 62,5% se disent prêts à devenir des ambassadeurs auprès de leurs pairs.
Une cérémonie riche en échanges
La clôture s’est déroulée à Robert’s Hotel, Abidjan, en présence de partenaires institutionnels et de la société civile.
Le programme a alterné allocutions officielles, présentations de résultats et débats. L’expert Donatien Kanga a dressé un état des lieux de la désinformation en Côte d’Ivoire et dans la sous-région. Un panel animé par Alassane Drabo a réuni journalistes, formateurs et représentants d’OSC autour du thème : “Défis et opportunités de l’EMI dans la lutte contre la désinformation”.
Les discussions ont mis en lumière le rôle des médias, de l’État et de la société civile dans la lutte contre les fausses informations. Elles ont aussi souligné la nécessité de renforcer la collaboration entre ces acteurs.
Des résultats concrets et des défis persistants
L’étude de Polaris Asso révèle que les jeunes formés adoptent désormais des réflexes de vérification : 41,7% vérifient la source, 20,8 % recourent au fact-checking, et 12,5 % utilisent la recherche inversée d’images.
Mais le défi reste entier : seuls 25% des jeunes vérifient systématiquement l’information. Cela montre que la sensibilisation doit se transformer en habitudes durables.
Comme l’a rappelé Audrey Azoulay, Directrice générale de l’UNESCO : “L’éducation aux médias et à l’information est une compétence essentielle pour chaque citoyen, afin de distinguer le vrai du faux et participer pleinement à la vie démocratique” (UNESCO, 2023).
Vers une institutionnalisation de l’EMI
Au-delà de la restitution des résultats, la cérémonie visait à engager les décideurs publics. Une déclaration d’engagement en faveur de l’intégration de l’EMI dans les politiques nationales est attendue.
Pour Polaris Asso, l’enjeu est clair : transformer l’expérience de la campagne en une stratégie durable. L’association plaide pour que l’EMI soit enseignée dès le collège, afin de préparer les jeunes à un environnement numérique de plus en plus complexe.
La clôture du programme ELTR marque une étape importante dans la lutte contre la désinformation en Côte d’Ivoire. Les résultats obtenus montrent que la jeunesse peut devenir un acteur clé de la citoyenneté numérique. Mais la bataille est loin d’être gagnée.
La désinformation évolue rapidement, portée par les réseaux sociaux et les technologies. Seule une approche institutionnelle, inclusive et durable permettra de consolider les acquis et de protéger la cohésion sociale.
