Côte d’Ivoire / Crise du cacao : après leur garde à vue, les producteurs donnent pleins pouvoirs à Kanga Koffi et Koné Moussa

À Daloa, le 23 février 2026, plus de 2 500 délégués des producteurs des 23 régions productrices ont fait bloc. Pas pour une simple assemblée. Pour un signal. Dans un pays où le cacao structure les exportations, irrigue des centaines de milliers de ménages et pèse lourd dans les équilibres macroéconomiques, la moindre tension sur le prix bord champ devient un sujet national.

Le point de départ est connu. Le 1er octobre 2025, le Président Alassane Ouattara annonce un prix garanti de 2 800 FCFA le kilogramme. Message fort. Objectif clair : sécuriser le revenu paysan malgré la volatilité internationale. Dans les campagnes, l’annonce déclenche un espoir tangible. Dettes à apurer. Intrants à financer. Scolarités à honorer.

Mais dès novembre, selon la plateforme SYNAP-CI / ANAPROCI, la mécanique s’enraye. Ralentissement des achats. Blocages localisés. Reçus remis en lieu et place de paiements effectifs. Offres en dessous du prix officiel. Ponctions signalées sur les sacs. Autrement dit, une tension entre le prix administré et la réalité des transactions.

Pour comprendre l’onde de choc, il faut revenir au fonctionnement du système. La Côte d’Ivoire vend par anticipation une large part de sa récolte via des contrats export. Le régulateur fixe un prix bord champ en fonction des ventes déjà sécurisées et des perspectives de marché. Si les conditions internationales se dégradent, si les acheteurs manquent de trésorerie, ou si l’exécution contractuelle se grippe, la chaîne peut se tendre. Et la tension se matérialise au village.

C’est dans ce contexte que Koné Moussa (SYNAPCI) et Kanga Koffi (ANAPROCI) ont décidé de porter publiquement les doléances. Leur démarche a débouché sur une plainte du Directeur général du Conseil du Café-Cacao. Convoqués le 2 février 2026, les deux responsables ont été placés en garde à vue quarante-huit heures à Abidjan, avant d’être présentés au Procureur. Épisode judiciaire sensible dans une filière stratégique.

À Daloa, loin de diviser, l’affaire a soudé. Chefferies traditionnelles, organisations professionnelles, syndicats : la coalition était large. Les délégués ont voté un mandat clair à leurs deux leaders pour porter les revendications au plus haut niveau de l’État. Demande d’assises nationales inclusives de la filière. Rencontre urgente sollicitée avec le Ministre d’État, Ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Bruno Nabagné Koné. Dialogue recherché avec le régulateur pour concilier les positions.

Au-delà de l’émotion, l’enjeu est structurel. Comment garantir que le prix annoncé soit effectivement payé, dans un environnement mondial instable ? Comment renforcer la traçabilité des paiements et la liquidité des acheteurs ? Faut-il ajuster les mécanismes d’anticipation des ventes ou les filets de sécurité financiers ?

Le débat dépasse la conjoncture. Il touche à la confiance — actif immatériel central d’une filière qui engage l’image du pays auprès des traders, des broyeurs et des partenaires financiers. Un blocage prolongé pèserait sur les revenus ruraux. Une réforme mal calibrée créerait d’autres rigidités. L’équation est délicate.

Une chose est acquise : à Daloa, les producteurs ont choisi l’unité et le canal institutionnel. La séquence qui s’ouvre dira si le dialogue permettra d’aligner promesse publique, exécution de marché et stabilité sociale. Dans la première économie cacaoyère mondiale, la crédibilité du mécanisme de commercialisation vaut plus qu’un prix affiché.

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